Tuto guitare & basse

Une histoire de la saturation

Une histoire de la saturation

Date : 22 août 2019

Auteur : GUITAR PART



Elle n’a pas été inventée pour ça, et pourtant : la guitare électrique semblait destinée à la saturation. N’est-ce pas ce son qui détermine avant tout le rock et ses sous-genres, du grain épais du British blues jusqu’à la distorsion ultra-compressée du heavy-metal, en passant par la fuzz du rock garage 60’s ou la disto’ du hard des 70’s ?

Si aujourd’hui les guitaristes se regardent le pedalboard du coin de l’œil pour voir qui a la plus grosse disto, il n’en fut pas toujours ainsi... Au commencement, il n’y avait que le guitariste, seul avec sa gratte, direct dans l’ampli. On imagine l’émotion de ceux qui les premiers poussèrent le bouton un peu trop loin !

Comme souvent avec les grandes inventions, les origines de la saturation et les premières expérimentations sont... accidentelles ! On attribut généralement l’un des premiers enregistrements de guitare distordue au morceau Rocket 88, en 1951, par le guitariste d’Ike Turner & His Kings Of Rhythm, Willie Kizert. L’histoire a retenu que sur le chemin du studio, un des tubes à vide du Fender Tweed du groupe fut endommagé suite à une chute, et l’ampli se mit à saturer. Parmi les pionniers, citons également Paul Burlison avec Johnny Burnette et son Rock’n’roll Trio sur Train Kept A Rollin’ (1956), et bien sûr le cultissime Rumble de Link Ray en 1958 ! Celui-ci avait percé des trous dans le HP de son ampli ! Quelques années plus tard, en Angleterre, le jeune Dave Davies des Kinks donnait des coups de rasoir dans son baffle avant de donner naissance au riff de You Really Got Me !

Pour les ingénieurs du son d’alors, la distorsion était un phénomène indésirable, un problème technique ! Lorsque les lampes d’un ampli encaissent un niveau trop élevé, le son commence à « tordre » et saturer : il se produit un écrêtage du signal, une compression favorisant le sustain et les harmoniques, le son prend vie et le guitariste jubile ! Et pour atteindre ce son, tous les moyens sont bons : boost, fuzz, overdrive, distorsion...



DU BOOST À LA FUZZ

Pour pousser les lampes, rien de mieux que booster le signal en amont avec un circuit agissant comme un premier préampli pour faire « travailler » l’ampli et l’amener à cruncher. C’est ainsi que dans les 60’s apparaissent des solutions restées mythiques comme le Vox Treble-Bass Booster ou le Dallas Rangemaster (1966), parfaits pour décupler les capacités d’un Marshall, d’un Vox... Aux USA, Electro-Harmonix l’a bien compris en proposant le LPB-1 (Linear Power Booster) à partir de 1968. Le préampli de l’Echoplex s’avèrera également un excellent booster (et nombre de pédales s’en inspirent aujourd’hui : Xotic EP Booster, Dunlop Echoplex Preamp, Catalinbread Belle Epoch...).

Une autre technique de studio consiste à se brancher directement dans la table de mixage plutôt que de repiquer l’ampli avec un micro... D’ailleurs, en 1960, Grady Martin, en studio à Nashville pour l’enregistrement de Don’t Worry de Marty Robbins, bénéficie d’un problème technique sur une tranche de console qui sature le son de sa Danelectro. L’ingénieur du son Glenn Snoddy identifie le transfo défaillant et s’en inspire pour concevoir le premier circuit de saturation : la Maestro Fuzz-Tone, commercialisée par Gibson à partir de 1962. Keith Richards l’utilise en 1965 lors de l’enregistrement de Satisfaction : le riff entre dans l’histoire, et la Fuzz-Tone avec ! Suivront d’autres modèles devenus cultes comme la Tone Bender et surtout la Fuzz Face (1966) qui fera des merveilles sous le pied de Jimi Hendrix...



DE L'OVERDRIVE A LA DISTO

Dans les années 70 apparaissent les premiers overdrives. Le concept est à la fois de reproduire la saturation d’un ampli, tout en poussant l’ampli à travailler : distordre le signal et le booster pour augmenter le gain et le sustain. D’ailleurs la plupart de ces pédales ont été conçues pour fonctionner en complémentarité avec l’ampli et sont adaptées à ce type de réponse sonore (et non à celle d’une console ou d’un dispositif d’enregistrement). Citons la MXR Distortion+ (1974), la Boss OD-1 (1977), et bien sûr la Tube Screamer TS808, mise sur le marché par Ibanez en 1979, qui va s’installer durablement aux pieds des guitaristes. Avec un gain modéré et sa petite « bosse dans les médiums » pour « percer dans le mix », elle fait partie de l’arsenal de Stevie Ray Vaughan et devient le mètre-étalon de l’overdrive.

Lire notre article Top 10 des pédales Tube Screamer.

La ProCo Rat et la Boss DS-1 (1979) ouvrent la porte à des niveaux de gain supérieurs, et seront suivies de nombreux autres circuits de distorsion au son « hi-gain » plus compressé et plus creusé, dans une quête de sons toujours plus extrêmes et typés, accompagnant l’a?ge d’or du heavy-metal des années 80. Ces pédales bénéficient généralement d’une égalisation plus fournie (deux, trois bandes, ou paramétrique), comme la Metal Zone de Boss (1991) qui a marqué toute une génération.



SIMULATION D'AMPLI ET OD TRANSPARENTS

Mais les guitaristes se lancent bientôt dans une quête honorant les glorieux sons du passé : dès 1989, le SansAmp de Tech21 propose des modélisations analogiques destinées à retrouver le grain d’amplis mythiques. De nombreuses pédales « amp-in-a-box » s’évertuent aujourd’hui à reproduire spécifiquement le son des Marshall Plexi (Carl Martin PlexiTone), Fender Bassman ou Tweed, Vox AC-30 (Wampler Ace Thirty) ou Supro Thunderbolt (JHS Superbolt), Mesa/Boogie ou Soldano... Avec l’avènement du numérique, ces entreprises de modélisations sont poussées à leur paroxysme chez Line6 (le Pod, sorti en 1998) comme chez les développeurs de programmes de MAO (AmpliTube, Guitar Rig...).

Autre tendance : la transparence. Une nouvelle génération d’OD low-gain dits « transparents », à mi-chemin entre boost et drive léger, visant à obtenir une saturation la plus naturelle possible et respectueuse du caractère de l’instrument et de l’ampli... Des pédales telles que la Klon Centaur, la King Of Tone d’Analog- Man, ou la Paul Cochrane Timmy font aujourd’hui référence et enflamment les puristes.

Toutes ces solutions et la grande variété de pédales de saturation permettent de se sculpter une identité sonore unique : chacun son grain... pourvu qu’on ait l’ivresse !

A PROPOS DE L'AUTEUR - Flavien Giraud chez Guitar Part - Depuis 25 ans, GUITAR PART est la référence des guitaristes électriques. Des riffs de l’actu aux dernières nouveautés matos, le magazine suit les tendances et accompagne des générations de guitaristes dans leur apprentissage avec des vidéos pédagogiques en ligne (www.guitarpart.fr).

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