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Comment classer sa voix ? La question des tessitures

Comment classer sa voix ? La question des tessitures

Date : 10 septembre 2019

Auteur : Guillaume Coignard



De la mythique soprane classique au baryton-martin-mixte-moderne, les termes employés pour classer les voix se retrouvent au centre d’enjeux importants dans l’univers des musiques actuelles.

Cette question, apparemment simple, est au cœur de beaucoup de situations problématiques pour un chanteur et potentiellement pour son entourage. Il s’agit d’être en mesure de se définir : « Je suis : Ténor, Soprane, Mezzo... donc je peux me positionner dans l’univers musical au même titre que les autres instruments de musique. » Et puis, cela permet de fixer les tonalités des chansons, de se positionner dans un chœur en studio et de répondre à un profil d’audition. Pour un compositeur, cela permet d’écrire avec précision.

On peut supposer qu’il s’agit avant tout d’une histoire de hauteur entre deux notes, un peu à la façon d’une pointure ou d’une taille de vêtement. Donc, il ne resterait qu’à prendre les mesures, et hop, la tessiture serait fixée ! Ce n’est pas faux, mais incomplet. Bien que la notion de hauteur soit le premier paramètre à prendre en compte, ce n’est pas le seul. Parce que la voix réagit à beaucoup d’autres facteurs qui vont influer sur la tessiture. Et que les multiples possibilités techniques liées à la voix vont en quelque sorte brouiller les pistes, en particulier vers le haut de la tessiture. Les zones de passage entre la voix de poitrine et la voix de tête et les différentes options de voix mixtes vont modifier la couleur et donc, la perception du résultat. De plus, la notion culturelle, le style musical et les différentes esthétiques dans lesquels on s’exprime influent sur la voix. Le vocabulaire employé doit alors s’adapter. Entre le classique et la pop, les attentes ne sont pas les mêmes, et les termes utilisés doivent être calibrés en fonction des situations.

Enfin, n’oublions jamais qu’il s’agit de musique et qu’au-delà de la note atteinte, c’est la qualité de cette note et la cohérence vocale qui seront les facteurs décisifs !

Sur le plan de la hauteur, on peut considérer qu’une voix professionnelle couvre deux octaves. On parle des notes pouvant être chantées dans le cadre d’une chanson, pas de l’ensemble des sons pouvant être produits.

Du point de vue du chant classique, le découpage se fait de la manière suivante, du plus bas au plus haut : Basse, Baryton,Ténor pour les hommes. Et Alto, Mezzo, Soprane. Soit 6 tessitures, 6 instruments vocaux différents. (Cf. Schéma 1)

Schéma 1

Cette classification permet d’écrire des parties vocales comme on le ferait avec n’importe quel autre instrument. Comme par exemple les ukulélés soprano, ténor, concert... Mais cela s’est bâti sur un postulat vocal important : Les hommes chantent en voix de poitrine, les femmes en voix de tête. Or, dans le chant moderne, les femmes chantent elles aussi en voix de poitrine appuyée, ce qui complique la mesure des tessitures. De ce fait, le Contre Ut de la soprane classique (C5) est une note qui n’existe pas dans le chant moderne féminin, mais se trouve plus proche du Contre Ut du ténor (C4). Les termes restent, mais leur réalité d’application change. Aujourd’hui, les femmes chantent donc... Comme les hommes. (Cf Schéma 2) Et là où le ténor classique déploie sa résonance dans les hauteurs, le chanteur moderne rétrécit les espaces et affine sa voix. S’autorisant des passages en voix de tête. De ce point de vue, les hommes « modernes » chantent donc... Comme des femmes. (Cf Schéma 3)

Schéma 2

Schéma 3

Ce qui est passionnant, c’est l’utilisation des différentes possibilités vocales offertes par l’utilisation de la voix mixte. C’est-à-dire, une voix qui atteint les notes hautes avec puissance et soutien, sans la « fragilité » de la voix de tête, mais en gardant une légèreté et un confort. De ces choix vocaux découle une conséquence sur le timbre et la couleur de la voix. Ils vont modifier les sensations de grave ou d’aigu en agissant sur les fréquences de la voix. L’intensité vocale renforcée permettra de maintenir la voix de poitrine par exemple et mettra, elle aussi, en avant certaines fréquences. Et enfin, les techniques plus modernes comme le Twang, influent sur le registre et la tessiture.

La mesure par la hauteur reste aujourd’hui le premier paramètre utilisé, mais pour déterminer une tessiture, il faut prendre son temps, être clair sur l’esthétique et le contexte dans lequel on se place, et surtout chercher. Faire preuve de curiosité, tester différentes manières de faire.Tous les chanteurs et chanteuses sont multiples et notre époque offre une multitude de possibilités vocales. Explorons les ! Guillaume Coignard

A PROPOS DE L'AUTEUR - Coach vocal depuis plus de 20 ans, Guillaume Coignard s’occupe de spectacles musicaux tels que : Le Roi Lion, Roméo & Juliette... Il collabore avec : Corson, Vanessa Paradis, Benjamin Biolay, Asa... et aussi avec M6, France 2, TF1 ; et est l’auteur de « La Voix En Question(s) ». www.guillaumecoignard.com

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